Histoire et visite du 1er
Flânerie historique dans le cœur absolu de la FranceLa nation française s'est bâtie dans ce périmètre béni des dieux, entre la Sainte-Chapelle, Saint-Eustache, le Louvre, les Tuileries et le Palais-Royal, sur les rives de la Seine, prodige de civilisation. Du haut de ses tréteaux du Pont-Neuf, Molière nous fait encore sourire de nos vanités et Diderot, attablé à la terrasse de la Régence, continue de scruter nos paradoxes.
Les halles des Champeaux
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Les marécages des
Champeaux, sur la rive droite, furent asséchés
par les congrégations religieuses au début du XI
e siècle.
Le marché des Champeaux, à l'ouest de la
rue Saint-Denis, avait été favorisé par la
construction, en 1113, du Grand Pont et du Grand
Châtelet, siège du prévôt de Paris. Le sel et les
harengs arrivaient de la Manche et de la Mer
du Nord. Le bétail du Vexin était abattu et découpé
par les bouchers sur les berges du fleuve. Les
« changeurs », qui pesaient les monnaies
au trébuchet, finirent par donner le nom de leur
art numismatique au Grand Pont.
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Théâtre tragique
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Des rois pieux aux rois « maudits », il n'y avait que la distance qui séparait l'immense table de marbre noir de la salle de justice de Philippe le Bel de son verger, en face du Louvre, à l'e xtrémité ouest de l'île, où, en 1307, les Templiers périrent sur le bûcher. Paris, subissant les fléaux du royaume déchiré, fut, à partir de la seconde moitié du XIV e siècle, la proie de la peste, des exactions de la soldatesque et de l'insurrection fomentée par Etienne Marcel, le prévôt des Marchands. En 1358, Charles V , humilié par le notable factieux, quitta le palais de la Cité non sans avoir installé l'h orloge de la Tour pour marquer son autorité. Instruit par le coup de force d'Etienne Marcel, il agrandit les remparts de la ville repoussés désormais à la hauteur du Carrousel et de la place des Victoires. Au Louvre, qu'il transforma en demeure royale, ce mécène éclairé rassembla un millier de manuscrits enluminés et réunit autour de lui des sculpteurs, des peintres, des tapissiers… Dupe des
manœuvres des Bourguignons et des Armagnacs,
Paris, au début du XV e siècle, se livra
aux Anglais.
Avec les Valois, le nouveau Louvre, avant-scène des intrigues de la cour, se muait en théâtre des luttes âpres écartelant la France : les guerres de religions. Il faut relire la trilogie d'Alexandre Dumas - la reine Margot, la Dame de Monsoreau et les Quarante-Cinq - pour mesurer l'ampleur de cette tragédie. Dans la nuit du 24 août 1572, retentit le tocsin de Saint-Germain l'Auxerrois. Il accompagnait le massacre prémédité de la Saint-Barthélémy . Les portes des protestants étaient marquées d'un signe à la craie. Les catholiques, au petit matin de cette funeste nuit, se rendirent en procession au cimetière des Innocents pour y célébrer un miracle - le fleurissement de l'a ubépine en cette fin d'été - et dire une messe d'a ction de grâce. « Cette espèce d'assentiment donné par le Ciel au massacre qui s'exécutait avait redoublé l'ardeur des assassins, écrit Dumas. Et tandis que la ville continuait à offrir dans chaque rue, dans chaque carrefour, sur chaque place une scène de désolation, le Louvre avait déjà servi de tombeau commun à tous les protestants qui s'y étaient trouvés enfermés au moment du signal. » Henri de Navarre était alors prisonnier du Louvre. S'é vadant par la chaîne qui empêchait, la nuit, le passage des bateaux, il n'eut de cesse de reconquérir le pouvoir, de restaurer la paix, grâce à l'Edit de Nantes, jusqu'au 14 mai 1610 où Ravaillac le frappa au cœur, rue de la Ferronnerie. La construction des Tuileries , décidée à la mort d'Henri II par Catherine de Médicis, survécut aux événements tragiques de la fin du XVI e siècle. Il s'agissait d'un pavillon central, flanqué de deux ailes, et prolongé par un labyrinthe à l'italienne où Bernard Palissy, protestant traqué par les ligueurs du duc de Guise, conçut une grotte ornée d'émaux, de reptiles et de coquillages. Le projet ne vit jamais le jour. Catherine de Médicis, qui fuyait la prédiction de son mage, s'installa près de Saint Eustache. De sa résidence, il ne reste plus que la tour où ses astrologues interrogeaient les astres. Au XVII e et au XVIII e siècles, Paris changea d'orientation et regarda, à partir du Louvre, vers l'ouest. Des fenêtres de la grande galerie qui surplombait la Seine et des terrasses des Tuileries, Louis XIII, Richelieu, Mazarin et Louis XIV rêvaient la France comme une perspective cavalière. Dumas, dans l'o uverture des Trois Mousquetaires, restitue l'humeur épique du Louvre des Bourbons : « Une fois qu'on avait franchi la porte massive, chevillée de longs clous à tête quadrangulaire, on tombait au milieu d'une troupe de gens d'épée qui se croisaient dans la cour, s'interpellant, se querellant et jouant entre eux. |
Pour se frayer un
passage au milieu de toutes ces vagues
tourbillonnantes, il eût fallu être officier,
grand seigneur ou jolie femme. » L' Europe
classique définissait ses lois de la raison dans
les nouveaux quartiers nantis, où d'Artagnan
fourbissait ses armes, entre la place du
Carrousel, la butte Saint-Roch et la place des
Victoires.
Cyrano de
Bergerac
- né rue des Prouvaires et condisciple,
au collège de Clermont, de
Jean-Baptiste
Poquelin
, le fils du tapissier du roi de la rue
Sauval - méditait son « voyage de la Terre à
la Lune » tandis que le futur Molière
composait la troupe de l'Illustre Théâtre. Les
anthologies, décrivant le règne français sur les
arts, pourraient se résumer aux limites du 1er
arrondissement. Molière habitait rue de Richelieu
et Lulli rue des Petits-Champs. Louis XIV, leur
bienfaiteur, avait confié la construction de la
colonnade du Louvre à Perrault, le frère de l'a
uteur des contes.
D'effondrements de régime en exils amers - Charles X, Louis-Philippe, le coup d'Etat du 2 décembre, la défaite de Napoléon III, la Commune et la troisième République rétablie par Thiers, un monarchiste de cœur -, les passions françaises se cristallisèrent dans le 1er arrondissement, à proximité du Louvre et des Tuileries . Les déshérités, pendant plus d'un siècle, disposèrent même d'un territoire d'é lection, les Halles de Baltard, où, jour et nuit, les fraternités se nouaient au milieu des cris des maraîchers, des crissements des « diables », des coups de gueule des bouchers et des amours tarifées des « enfants de l'assistance ». |
REPÈRES CHRONOLOGIQUESAchèvement du rempart protégeant
la Cité des invasions barbares. Julien, qui séjourne dans le
palais de la Cité, est proclamé empereur.
Construction de la première
basilique dédiée à Saint-Germain.
Construction d'un nouveau pont
au nord de la Cité, fortifié par le premier Châtelet.
Louis VI institutionnalise les
échanges commerciaux au nouveau marché des Champeaux qui
deviendront les Halles.
Construction du grand
Châtelet.
Construction du
premier Louvre et de l'enceinte de Philippe- Auguste sur la rive droite. Dédicace d'une chapelle à sainte
Agnès qui deviendra par la suite Saint-Eustache.
Saint Louis fait construire la Sainte-Chapelle. Fondation de l'hospice des Quinze-Vingts par Saint Louis. Edification de la Tour dite de
l'H orloge à l'angle nordest du Palais ; son horloge est la
plus ancienne horloge publique de Paris.
construction de l'Église Saint- Eustache. Construction du jubé de Saint-Germain l'Auxerrois par Pierre Lescot l'aile Henri II du Louvre est construite par Pierre Lescot et décorée par Jean Goujon. Les orfèvres font édifier la nouvelle chapelle Saint-Eloi. Catherine de Médicis fait construire le palais des Tuileries par Philibert de l'O rme. Construction du Pont Neuf. Construction de l'Église des Feuillants dont la façade élevée entre 1623 et 1625 est due à François Mansart. Le Pont Neuf reçoit la pompe de la Samaritaine, reconstruite de 1712 à 1714 et démolie en 1813. Construction de la Place Dauphine. Fondation du couvent des Jacobins de la rue Saint-Honoré par Henri de Gondi, évêque de Paris. Le cardinal de Richelieu fait construire un palais qu'il légua à sa mort en 1642 au roi Louis XIII et qui deviendra ainsi le Palais-Royal. La statue de Henri IV est placée sur le cheval de bronze destiné à la recevoir ; la monture avait été offerte par Cosme II de Médicis à sa fille, veuve de Henri IV. Achèvement de la cour Carrée du Louvre par l'architecte Louis Le Vau. Réalisation de la colonnade du Louvre par Claude Perrault. Le peintre Charles Le Brun organise le Cabinet des tableaux du roi, ouvert au public. Création de la Place des Victoires par le Maréchal de La Feuillade. Construction de la Place Vendôme. Louis-Philippe d'Orléans fait construire par l'architecte Victor Louis les soixante pavillons qui entourent le Palais-Royal. Suppression du cimetière des Innocents. Début du percement de la rue de Rivoli et de la rue de Castiglione ; destruction de la forteresse du Châtelet. Achèvement du Pont des Arts. Le 25 juillet, pose de la première pierre du nouveau Louvre assurant la jonction au nord entre la cour Carrée et les Tuileries. Aux Halles, les pavillons de l'a rchitecte Victor Baltard remplacent le marché des Prouvaires. Construction de la mairie du 1 er arrondissement. Pendant la semaine sanglante de la Commune, les insurgés incendient le Palais des Tuileries. Construction de l'Hôtel des Postes de la rue du Louvre. Construction de la nouvelle Bourse de Commerce. Départ des Halles centrales pour Rungis. Inauguration du Forum des Halles par Jacques Chirac, Maire de Paris. Le 1 er octobre, inauguration du nouveau Forum, place Carrée. |
Historique des 4 quartiers du 1er
L'histoire du 1er arrondissement de Paris est riche et se confond très souvent avec l'Histoire de France. En se baladant à travers les plus vieilles rues de la capitale, un flot de souvenirs rejaillit et la mémoire de la "Ville Lumière" apparaît au grand jour comme pour affirmer une nouvelle fois sa majesté. Le meilleur moyen de visiter une ville est encore de s'y perdre. Prenons donc le temps de flâner à travers les quatre quartiers du 1er, arrondissement, à savoir : Les Halles, Saint-Germain l'Auxerrois, le Palais-Royal et la Place Vendôme.
LES HALLES :
Nous débutons cette promenade au Forum
des Halles. Construit entre 1973 et 1979 par les architectes
Georges Pencreac'h et Claude Vasconi, complété par Jean Willerval
puis agrandi par Paul Chemetov, le Forum des Halles se trouve à
l'emplacement des Champeaux, un territoire de petits champs qui
s'étendait autrefois à l'ouest de la rue Saint-Denis. Le 1er
octobre 1985, Jacques Chirac, alors Maire de Paris, inaugura la
place Carrée et le secteur Bourse - Saint-Eustache au coeur du
Forum.
Aujourd'hui ce vaste espace permet de se rendre au
cinéma, de profiter de la Médiathèque de Paris, de la piscine ou du
Forum des Images... Non loin du Forum se trouve l'église
Saint-Eustache. Edifiée de 1532 à 1640, elle présente des analogies
avec Notre-Dame de Paris. Gothique par son plan et par sa
structure, elle est de style Renaissance dans sa décoration. A
proximité des Halles, nous empruntons la plus ancienne rue de
Paris, la rue Saint-Denis, où s'élève entre autres monuments la
Fontaine des Innocents, édifiée par le sculpteur Jean Goujon, et
l'église médiévale Saint-Leu - Saint Gilles. Bâtie en 1319 sur les
bases d'une chapelle élevée en 1235 par l'abbaye Saint-Magloire
Saint-Leu Saint-Gilles a été considérablement restaurée sous Louis
XV et Louis-Philippe. Dans la rue de la Ferronnerie, nous ne
pouvons passer devant le numéro 11 sans que l'assassinat d'Henri IV
par Ravaillac ne nous vienne a l'esprit. C'était le 14 mai 1610
mais cette rue reste encore aujourd'hui célèbre pour ce sombre
événement. Nous arrivons à la place du Châtelet. Face à nous se
trouve le Théâtre du Châtelet, construit par l'architecte Gabriel
Davioud entre 1860 et 1862. Baptise à l'origine Cirque Impérial, il
fut un des hauts lieux de l'opérette avant de prendre le nom de
Théâtre Musical de Paris avec une programmation nettement plus
ambitieuse. Sa façade est une imitation de la Renaissance
italienne.
En empruntant le pont au Change, un des plus anciens
ponts de Paris, nous pénétrons dans l'île de la Cité dont le tiers
occidental est rattaché au premier arrondissement. Sur le boulevard
du Palais, on peut choisir entre le quai de l'Horloge et le quai
des Orfèvres pour rejoindre la place Dauphine. Cette place fut
construite sur ordre d'Henri IV dont la statue équestre veille
toujours sur le pont Neuf. Dans le prolongement de la place
Dauphine, il est agréable de flâner quelques heures dans le square
du Vert-Galant. De l'autre côte du pont Neuf, on pénètre dans le
quartier de l'église Saint-Germain l'Auxerrois.
SAINT-GERMAIN L'AUXERROIS
:
Il s'agit de la première basilique
chrétienne élevée au sein de la capitale. Ce fut Landry, évêque de
Paris (643 -? 657), qui décida de l'ériger. Ses reliques y ont été
conservées jusqu'en 1171 où elles furent placées dans une châsse en
bois par l'évêque Maurice de Sully. Originellement dédiée à
Saint-Germain, évêque de Paris, elle prit le vocable Saint-Germain
l'Auxerrois pour ne pas être confondue avec ses homonymes
Saint-Germain le Vieux et Saint-Germain des Prés. C'est autour de
la rue Saint-Germain l'Auxerrois (qui allait du débouché du Grand
Pont jusqu'à Chaillot) que s'est étendue la première agglomération
parisienne entre le VIIème et le XIIème siècle. À côté de l'église
Saint-Germain l'Auxerrois on trouve la mairie du 1er
arrondissement, érigée par l'architecte Jacques-Ignace Hittorff sur
ordre de Napoléon III. Cet édifice ressemble à une église
néo-Renaissance et est relié à Saint-Germain l'Auxerrois par un
haut beffroi, construit par Théodore Ballu, qui abrite un carillon.
Non loin de la mairie, on peut découvrir les façades
de la Samaritaine, le plus étendu des grands magasins parisiens.
Celui-ci est bordé entre autres par la rue de l'Arbre Sec qui
côtoie Saint-Germain l'Auxerrois. En remontant la rue du Louvre, on
arrive tout d'abord à la Bourse de Commerce qui fut édifiée entre
1887 et 1899 par Blondel. Cette drôle de bâtisse ronde surmontée
d'une coupole est adossée à la colonne astrologique, construite en
1575 par l'architecte Jean Bullant. Haute de trente et un mètres,
cette colonne avait été érigée sur ordre de Catherine de Médicis ;
en son sein se trouve un petit escalier de cent quarante-sept
marches qui mène à une plate-forme où auraient officié les
astrologues de la Reine. Un peu plus loin on découvre l'Hôtel des
Postes (construit en 1880 par Gaudet) qui se trouve au croisement
de la rue du Louvre et de la rue Etienne Marcel ; celle-ci sépare
le 1er arrondissement du 2ème. En l'empruntant vers l'ouest, nous
entrons dans le quartier du Palais-Royal.
PALAIS ROYAL :
La rue Etienne Marcel s'achève ici,
place des Victoires. Dessinée en 1685 par l'architecte Jules
Hardouin-Mansart pour le vicomte François d'Aubusson, cette place a
la forme d'un fer à cheval. En 1822, le sculpteur François Joseph
Bosio inaugura sur cette place la statue équestre de Louis XIV qui
remplaçait la statue en pied détruite pendant la Terreur (1792). En
empruntant la rue Catinat ou la rue de la Feuillade, on débouche
sur la rue La Vrillière entièrement occupée du côté des numéros
impairs par la Banque de France. Depuis le 6 mars 1808 en effet,
l'Hôtel de la Vrillière est le siège de la Banque de France après
avoir été celui de l'Imprimerie nationale puis impériale. Construit
entre 1634 et 1640 par l'architecte François Mansart, cet hôtel
porte le nom de son premier propriétaire : Louis Phélypeaux,
marquis de la Vrillière.
Près de la jonction de la rue Croix des Petits Champs
et de la rue du Bouloi, on peut s'engouffrer dans le passage
Véro-Dodat. Cette galerie, construite en 1826, abrite de
ravissantes boutiques et porte le nom des deux charcutiers qui
l'ont créée. La comédienne Rachel habita au troisième étage du
numéro 38 de cette galerie de 1838 à 1842. Triomphant dès l'âge de
dix-sept ans au Théâtre Français, Rachel vit sa carrière météorique
interrompue par la maladie. Au rez-de-chaussée de ce même numéro
était imprimé Le Charivari, journal satirique auquel collaboraient
Gavarni et Daumier. Par la rue Jean-Jacques Rousseau (où habita le
philosophe), on rejoint la rue Saint-Honoré pour se trouver devant
le Louvre des Antiquaires.
En tournant à droite, on emprunte la rue de Valois
qui borde à l'est le Palais Royal. Aux numéros 6 et 8 on aperçoit
la façade de l'Hôtel Mélusine où se réunit l'Académie Française de
1638 à 1643 et qui abrita de 1792 à 1936 le célèbre restaurant Le
Boeuf à la mode. Au bout de la rue de Valois, on tourne deux fois à
gauche pour emprunter la rue des Petits Champs puis la rue
Sainte-Anne ; on contourne ainsi le Théâtre du Palais Royal. Ce
théâtre n'était à l'origine qu'une petite salle de marionnettes
inaugurée par les Petits Comédiens de bois du comte de Beaujolais.
Agrandi en 1790 par l'architecte Victor Louis pour sa nouvelle
propriétaire (Marguerite Brunat, dite Mademoiselle Montansier), il
fut restauré en 1880 par Paul Sédille. Hortense Schneider et la
Déjazet y connurent quelques-uns de leurs plus grands triomphes.
Par la rue Villedo et la rue Thérèse, on rejoint la rue de
Richelieu parallèle à la rue Montpensier. Celle dernière débouche à
droite sur la rue Beaujolais ; de là, on pénètre par des arcades
dans le jardin du palais Royal.
Au bout de ce jardin se trouve ledit Palais Royal.
Edifié entre 1624 et 1629 par Jacques Lemercier sur ordre de
Richelieu, il porta d'abord le nom de Palais Cardinal. Richelieu y
vécut pendant quatre années et le légua à sa mort le 4 décembre
1642 à Louis XIII. Il prit ainsi le titre de son nouveau
propriétaire. Tout près du Palais Royal, on trouve également le
Conseil Constitutionnel, le Ministère de la Culture et de la
Communication ainsi que la Comédie Française. Le Théâtre Français
fut édifié entre 1786 et 1790 par Victor Louis à l'emplacement de
l'ancien palais Brion. Agrandi en 1822 par Fontaine et remanié en
1863 par Prosper Chabrol, il fut restauré en 1900 et en 1935 par
Gaudet puis Marrast. Aujourd'hui encore, Talma, Mademoiselle Mars
ou la Dugazon continuent de hanter ce lieu mythique. Dirigeons-nous
à présent vers le Louvre qui n'a pas toujours été ce palais, plus
grand musée du monde, conservant notamment quelques unes des plus
belles œuvres d'art jamais réalisées. Il fut d'abord une forteresse
construite sur ordre de Philippe Auguste au bord de la Seine pour
mieux défendre la ville à l'ouest (1190-1200). Ce fut ensuite sous
l'impulsion de plusieurs souverains (Charles V, François 1er, Henri
IV, Louis XIII, Louis XIV entre autres) que la forteresse se
transforma en palais et commença à recueillir les chefs-d'œuvre qui
aujourd'hui incitent des millions de touristes à venir le visiter.
Encore sous le charme de la Joconde et de la Vénus de Milo,
dirigeons-nous vers l'ultime étape de notre voyage : le quartier de
la place Vendôme.
PLACE VENDOME :
L'avenue de l'Opéra est une de ces
superbes artères dessinées par le baron Haussmann. En prenant à
gauche, on longe la rue Danielle Casanova (où habita Henri Beyle,
plus connu sous le nom de Stendhal) et la rue des Capucines pour
rejoindre le boulevard de la Madeleine. On se retrouve alors face
au magasin des Trois Quartiers qui est le plus petit de tous les
grands magasins parisiens. Par la rue Duphot on accède à la petite
place Maurice Barrès sur laquelle se trouve l'église Notre-Dame de
l'Assomption. Cette église ronde fut conçue entre 1670 et 1676 par
l'architecte Charles Errard, premier directeur de l'Académie de
France à Rome, à la demande des Haudriettes, religieuses
hospitalières qui se vouaient au soin des veuves sans fortune. Leur
nom est du à Etienne Haudri, écuyer du roi, qui fonda leur
institution en 1264. C'est à Notre-Dame de l'Assomption qu'eut lieu
en 1842 le service funèbre de Stendhal, frappé par l'apoplexie au
coin du boulevard et de la rue des Capucines. Et ce n'est qu'en
1905 que Constant Moyaux acheva l'édifice néo-florentin de la Cour
des Comptes qui semble presque écraser l'église aujourd'hui encore.
En revenant rue Saint-Honoré pour se laisser éblouir
par les nombreuses boutiques de luxe, nous prenons à gauche la rue
de Castiglione d'où l'on aperçoit déjà la colonne de la place
Vendôme. Cette place fut dessinée par Jules Hardouin-Mansart et
Germain Boffrand et aménagée de 1686 à 1720. En son centre se
trouve la colonne Vendôme, haute de quarante-quatre mètres et
lourde d'environ deux mille tonnes. Au sommet est juchée une statue
de Napoléon 1er, œuvre du sculpteur Dumont. Dans une autre rue
perpendiculaire à la rue Saint-Honoré, la rue Saint-Roch, on se
retrouve face à l'église du même nom. C'est Jacques Lemercier,
auteur de la chapelle de la Sorbonne, qui dessina les plans de
Saint-Roch dont Louis XIV posa la première pierre en 1653. Les
travaux de construction et de décoration ne s'achevèrent cependant
qu'en… 1740. Et ce fut sur les marches de Saint-Roch que Napoléon
Bonaparte réussit, le 13 vendémiaire de l'an IV (5 octobre 1795), à
mater une insurrection royaliste contre la Convention. Cet épisode
qui vit l'illustre Général corse entrer dans l'Histoire est connu
sous le nom de « Canonnade de Saint-Roch ».
Par la rue des Pyramides, nous rejoignons la place
éponyme au centre de laquelle se dresse la statue équestre dorée de
Jeanne d'Arc (œuvre d'Emmanuel Frémiet). Devant nous enfin
s'étendent les jardins du Carrousel et des Tuileries. Ce dernier
est le plus ancien et le plus vaste jardin de Paris. Voulu par
François 1er, il fut aménagé sous Catherine de Médicis. En 1664,
André Le Nôtre le redessina à la demande de Louis XIV. Aujourd'hui
on peut y admirer dix-huit statues d'Aristide Maillol installées là
à l'initiative d'André Malraux, Ministre de la Culture, en 1965.
Aux deux extrémités ouest du jardin des Tuileries, on trouve le
Musée de l'Orangerie et le Jeu de Paume où fut énoncée pour la
première fois la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen («
le Serment du Jeu de Paume »). En regardant vers l'est on aperçoit,
devant la place du même nom, l'Arc de triomphe du Carrousel.
Pourquoi ne pas prendre le temps de se reposer au milieu de ces
vertes étendues ? Il est en effet grand temps de reprendre ses
esprits après une si longue et si belle promenade…